Les Indisciplinées 2018: soirée du 3 novembre

Dans le cadre des Indisciplinées, Quai 9 accueillait le 3 novembre DI#SE (à lire dièse, et non pas di-hashtag-se, comme nous l’avons fait tout la soirée.) et Isha, deux rappeurs plein d’énergie et sûrement de talent, mais qui ne nous ont pas marqués plus que ça. Les deux grosses têtes de la soirée, Thérapie Taxi et Columbine, suscitent quant à eux une grande controverse qui nous donne matière à écrire.

 

Thérapie Taxi

En 2012, la voix d’Adélaïde rencontre celle de Raphaël, rejointe bientôt par la guitare de Félix et la batterie de Renaud. Ensemble, ils créent une œuvre se voulant transgressive et provocante, mélange de rap, de rock et d’électro pop : ainsi naît Thérapie Taxi. En s’associant au grand Roméo Elvis ils connaissent un succès fulgurant et atteignent rapidement le haut du classement des Hits de l’été 2017. Depuis, Thérapie Taxi est partout dans les médias, chaque jour j’entends vanter les mérites de ce groupe trop trop cool qu’il faut absolument écouter. Quel beau conte de fée on m’a vendu là. J’ai évidemment fini par craquer et cliquer sur Salop(e) qui apparaissait encore une fois dans mes suggestions youtube.

« Oui mon rêve ma chérie, c’est de me perdre dans tes yeux bleus. 
D’être en vie, d’être amoureux, 
De s’en aller un peu. 

Alors va te faire enculer, va bien te faire enculer, salope 
Oui, va te faire enculer, va bien te faire enculer, connard 
Alors va te faire enculer, va bien te faire enculer, salope 
Oui, va te faire enculer, va bien te faire enculer, connard 
Dans les chiottes sur internet, dans une grotte sur la planète, 
Dans une fête, sans ta culotte on te baise. 
Dans un champ, avec un jean fait salement, 
Au fond des lignes soutif blanc, sans aucun style on te baise. 
Sur un canap’ avec brio sans une sap’ comme un salop, 
En trio que ça décape, on te baise. 
Dans les plaines avec finesse, dans l’ivresse à bout d’haleine, 
Dans une caisse sale, là, on mène, on te baise. »

Les insultes, entrecoupées de passages mielleux et franchement prévisibles, chantées à l’encontre des exs de la petite bande de bobos parisiens heurtent mes oreilles. Quelle triste désillusion. J’ai essayé de m’y intéresser, de comprendre comment ceux qui m’entourent arrivent à entendre un univers musical original, une « vision lucide de notre société et de ses problématiques ». Notre génération n’aurait-elle donc comme intérêts que le sexe, la drague et la défonce (et accessoirement, la thune, je doute qu’on puisse produire des titres aussi plats sans motivateur financier) ? Ce qui se voulait être l’avenir de la chanson française moderne, se retrouve n’être qu’un copie éco+ de ce qu’ont pu faire précédemment Fauve, La Femme, Grand Blanc ou Vendredi Sur Mer. Si on met de coté les clichés véhiculés en nombre (« Tu te fais tourner comme une MST dans une partouze de gay », sérieusement ?), le regard presque malsain porté sur les relations amoureuses et le corps de la femme (J’en suis presque mal à l’aise dans ce dernier couplet. Toute cette haine se veut drôle, plot twist : ça ne l’est pas.) et bien, même en oubliant tout ça, les paroles restent tristement vides et simplistes. J’ai définitivement loupé le coche et reste dubitative face à tout la hype que connaît le groupe.

Comme le prouve cette soirée aux Indisciplinées, ils ont au moins le mérite d’avoir conquis le cœur du public, très réactif à l’énergie du groupe en live (qui en déploie parfois même trop, la tradition du lancer de bouteilles d’alcool dans la foule a valu un départ précipité et un beau bleu à l’œil d’une amie). Les cris de loups résonnent sûrement encore dans la salle. Nos rires d’incompréhension aussi.

 

Columbine

À 1h arrivait enfin Columbine au milieu de leur impressionnante scénographie (Le logo en pièces détachées de 2/3 mètres de haut) pour un concert explosif et plein d’énergie communicative. La bande s’est formée au lycée alors qu’ils n’étaient encore que des lycéens paumés de Rennes, bien loin de l’ambiance élitiste parisienne du groupe précédent. Le nom, tiré de la tuerie de Columbine en 99, qui a inspiré le film "Elephant" de Gus Van Sant, fait aussi référence à la colombe de la paix et au "numéro d'identification national des étudiants" (INE), mettant en avant les principaux thèmes abordés : mal-être societal, pop culture, sentiments exacerbés.. Depuis leur premier Ep il y a 4 ans, ils ne cessent d’évoluer, tout en continuant de tout faire eux-même (Enregistrements, prods, textes, clips..). Ils ont rapidement eu du succès, avec un premier public petit mais très réactif, immédiatement s’est créé une grosse effervescence autour d’eux (mêmes, comptes fans, groupi.e.s etc).


Alors que les rappeurs US d’aujourd’hui, comme Lil pump, nous ouvrent les portes d’un monde de luxure et d’exubérance, que des artistes comme Dooz Kawa ou Lucio Bukowski ne plaisent qu’à une petite minorité qui saisit le sens des figures de style alambiquées, où encore qu’Hugo Tsr ou Davodka peignent une vision du monde directement venue des banlieues, je pense que si Columbine est aussi populaire c’est sûrement parce que ce qu’ils transmettent résonne directement en tout jeune de 15-20 ans mal dans sa peau et un peu perdu (dieu sait qu’il y en a beaucoup). Leurs textes sont toujours plein de références pop culture, des Simpsons à Nirvana, qui ont marqués la vie de la majorité de leur public.

Bien loin de la pointe de folie et de la créativité qui les démarquaient des autres (dans des sons comme Mandragore, 2k17, Zone 51 ou Dom Perignon),j’ai découvert cet été en écoutant leur nouvel album Adieu bientôt, des sons tout lisses, uniformes et beaucoup plus commercial. Je n'ai pas pu m'empêcher d'être un peu déçu et la phrase maudite "c'était mieux avant" c'est imposée à moi. J'ai appris en écoutant des interviews que ce choix c'était, lui aussi, imposé : pour vivre de sa musique, il faut plaire, et le grand public n'accroche globalement pas à ce qui sort des normes. Ils laissent donc de coté leurs projets un peu plus spé que l’on retrouvera dans les compils Buvette tapes.

J'ai longtemps eu du mal à accrocher, les voix parfois stridentes, les textes trop niais, l'autotune presque omniprésent me gênaient. Ils le disent souvent, ce qu’il font n’est pas parfait, il y a encore pas mal de problèmes de justesse ou de rythme mais leur manière de poétiser leurs sentiments a fini par faire écho chez la petite fragile en moi. En vrai, je ne sais pas comment et pourquoi j'ai fini par aimer, mea culpa à mon moi du futur qui me jugera sûrement avec mépris. Ils sont placés, à tord, sur un piédestal par bon nombre de groupi(e)s mais ils méritent une certaine considération car le potentiel du collectif est grand. 

Koupaia