Charrues 2016: jour 3

C’est pendant les balances des sœurs Ibeyi que démarre notre troisième journée aux Festival Des Vieilles Charrues.  Aujourd’hui, c’est une journée pleine de rendez-vous musicaux. La part belle est faite à des artistes quelque peu confidentiels comme le psychédélique Flavien Berger, l’électrique Petit Biscuit, Katé Mé ou le rockeur coréen Jambinai. Des artistes plus connus également comme Louise Attaque, Hyphen Hyphen ou même les deux étendards de la chanson française Alain Souchon et Laurent Voulzy  feront vibrer de belles ondes sonores .Le samedi s’annonce électrique, la scène Grall accueille non-stop des artistes de la musique d’ordinateur aux beats tumultueux.

 

Aujourd’hui comme hier on observe de la solidarité, beaucoup d’amour et de joie de vivre au-devant des scènes. Le public breton est comme une grande famille qui se réunit pour faire la fête, s’amuser et faire avec.

Ibrahim Maalouf, la conférence de presse.

Arrivé en direct de La Rochelle pour les Vieilles Charrues, l’énergique trompettiste à une demi-heure de son entrée sur scène  a tout de même répondu sans ambages aux questions, communiquant franchement sur les causes qui motivent sa musique ; et sa musique est riche. Riche en talents, riche en diversités. Il multiplie les associations, d’Oxmo Puccimo à Vincent Delerm, en passant par Sting, Arthur H, Ibeyi et tant d’autres… si bien qu’aujourd’hui sur scène il est accompagné par L’Ecole de Musique de St-Malo. Là cependant la motivation n’est pas uniquement musicale. En artiste sensible aux conditions d’expression de l’art, il n’accepte pas la « dictature » de la mairie de St-Malo qui arbitrairement, pour des raisons qui visiblement ne sont pas objectives, a décidé de supprimer les subventions de l’école de musique. Ibrahim s’est donc emparé de cette cause bien qu’aucune médiation n’ait été possible. Un statut facebook dénonçant cette situation a été partagé plus de 2 millions de fois. Cette prestation des membres de l’école de musique, c’est une dernière action, une dernière tentative de résistance. Ibrahim s’énerve de cette politique d’appauvrissement culturel, de ces aides supprimées

Pendant cette conférence, Ibrahim s’est montré engagé dans une volonté de rapprocher les gens, de les unir malgré les différences. C’est l’essence de sa production musicale, faire se dialoguer les genres et trouver les points communs, créer des ponts entre les cultures. Dans cette optique il invente un jeu avec sa fille, celui des points communs. A rebours des 7 différences, il dessine deux images différentes et le jeu est de retrouver les points communs. Ce jeu comme une extension de sa passion, l’improvisation, genre « réellement intéressant humainement et artistiquement », qui s’efforce « à trouver le similaire », à créer à partir de la diversité.

IBEYI en concert

IBEYI aux Indisciplinées et IBEYI aux Vieilles Charrues. Le duo multiplie les expériences scéniques et de mois en mois gagne en assurance et explose en live. Elles sont deux, jumelles, complices et talentueuses. Elles arrivent en combinaison rouge, couleur de l’amour aux regards puissants. Elles allument deux bougies, rituel de chaque concert, en l’honneur de leur sœur et de leur père disparu. Pendant le concert, les chants yorubas ont ému le public. Cette langue qu’elles portent depuis leur enfance est puissante. Elles savent s’en servir et savent transmettent leur émotions. C’est donc le cœur au bord des yeux que le concert continu, jusque au moment tant attendu de « Come to River », leur titre phare. Sur scène, elles se lèvent, font des signes aux publics et encouragent à danser et chanter ! Encore un concert marquant des Vieilles Charrues…

Hyphen Hyphen, la presse de conférence.

Le quatuor, espoir de la pop française s’est plié à l’exercice de la conférence de presse. Il ressort une volonté d’américanisation du son, c’est-à-dire, de viser à l’instantanéité d’une musique, débarrassée d’une intellectualité française qui peut-être ne permet pas la meilleure défaite. Leur univers très largement inspiré d’artistes d’outre atlantique se construit autour de cette même volonté de produire une « musique universelle » qui ferait danser les foules. Après avoir longtemps arpenté les routes de France, réalisant plus de 300 concerts avant la sortie de leur premier album, ils ont pour aujourd’hui comme objectif d’arpenté le monde. Hyphen Hyphen viennent de Nice, particulièrement touché, c’est ce soir qu’ils vont tout de même chanter face à un public soudé.  Il ressort également de cette conférence, Hyphen Hyphen est un groupe excessivement productif. L’on parlant en effet de cinquante versions de la chanson « Just Need Your Love ».

Fakear sur le canapé ;

L’énergumène joue ce soir aux Vieilles Charrues, mais cela ne l’empêche pas d’être festivalier à Dours nous raconte-t-il. Il ne se pose même plus la question d’être fatigué ou pas mdrrrr. S’il vient aux Vieilles Charrues, c’est avant tout pour défendre son premier album, très inspiré par sa petite amie. De l’amour naît l’inspiration, cependant, cela n’était pas diligenté dans le processus de création, c’est après avoir réalisé l’album qu’il s’est rendu compte qu’il y évoquait le début de sa relation avec sa dulcinée. Il faut bien dire que les deux ont débuté ensemble.

Sur ses prestations live, Fakear évoque une perpétuelle évolution de ses morceaux, la musique comme une matière plastique, informatique, modelable à l’infini. La setlist n’est jamais la même et pourtant, l’artiste participe à de nombreux concerts. Son mois de juillet est très chargé mais il ne va pas jusque au burn out. Le mois d’août est allégé, il fait tout de même attention à lui. Il part même en vacance en Asie. Cela va-t-il nourrir sa musique ? Forcément répond-il, même s’il ne s’agit de pas créer une musique world mais plus d’apporter une touche exotique à ses productions. Ce qu’il vit actuellement, il en profite un maximum, ne sachant pas quand tout s’arrêtera.  Il  est « honoré et flatté » de tout ce qui lui arrive et actuellement et considère tout cela comme des bonus.

Flavien Berger, la conférence :

Flavien Berger, de presse :

Flavien Berger, la conférence de presse :

Au sortir de son concert, Flavien Berger a donné une conférence de presse. Après avoir remercié l’équipe des Vieilles Charrues pour la production d’arc-en-ciel devant son public, il nous parle de sa musique, sa conception et de ses projets futur.

 En effet, Flavien Berger a prévu de continuer son chemin sur scène accompagné. Cela fait pourtant longtemps qu’il pérégrine seul, depuis qu’adolescent il apprenait à faire de la musique grâce à un jeu sur sa PlayStation. Il confie avoir ensuite beaucoup créé de musique, avoir navigué entre les styles sans que personne d’autres que lui n’écoute ses productions, et ce jusqu’à avoir trouvé son style propre, cette musique si caractéristique de lui-même, cet entre-deux au confluent de tant de genres.  Il décrit sa musique comme un « vaisseau pour voyager» et espère créer des atmosphères avec des productions inhabituels et des motifs complexes. Il cherche à accrocher l’oreille de l’auditeur grâce à son originalité. Originalité qui se développe dans toute une esthétique Bergère et qui trouve un moyen d’expression dans les clips qu’il produit. Avec une famille de cinéastes, y a-t-il une pression pour l’ancien étudiant en design ? Il a en effet décidé de clipper tous les titres de son album Leviathan. « Pas du tout » répond-il et  peut faire confiance à son réalisateur personnel _ qui le suivait d’ailleurs tout au long de la conférence de presse armé d’une caméra_ pour créer des vidéos qui appartiennent à un grand schème et créent une ultra cohérence de l’œuvre complète de Flavien Berger.

La nuit du samedi quant à elle appartenait au formidable rock anglais des Libertines, à la variété de Louise Attaque et à l’électro boumboumesque de The Avener ; et il est peu de dire qu’une des deux reformations est pertinente. Avec leur brillant Anthem For Doomed Youth, l’équipage de Pete Doherty et Carl Barat revient fort et défend vigoureusement sur scène ce rock qui sature et fait danser les foules. Une cure de bonne musique, d’énergie primaire, d’intense relâchement. Piochant ans tout leur répertoire, ils ont assurément délivré un spectacle qui n’a rien à envier _ et de loin ! _ à la précédente prestation des Pixies.

Ensuite est venu le temps des Louise Attaque pour un concert qui a sûrement du plaire aux fans, à ceux qui connaissaient les paroles par cœur. Pour le néophyte ce fut par-contre légèrement plus ennuyeux hélas, au moins jusqu’à la dernière chanson, Je t’Emmène Au Vent, la plus connue que nous nous sommes tout de même fait une joie de hurler à tue-tête.

On enchaîne jusqu’à 3 heures avec le dj de The Avener, pour ce qui ressemble à tout sauf à de la musique, mais l’ambiance dans le public était exceptionnelle et finalement bouger la tête frénétiquement, comme si elle ne possédait que deux neurones n’est pas si désagréable.

La découverte Speed : coup de cœur ultime de Nans.

Jambinai. Du métal coréen, de la beauté et de l’émotion. De l’intensité aussi. Formation atypique, composée d’un chanteur guitariste jouant assis, de deux femmes jouant d’instruments inconnus, d’un bassiste et d’un batteur, ils créent une musique atmosphérique, faite de fulgurances sonores, de cris désespérés d’instruments, de répétitions des mêmes motifs mélodiques jusqu’à toucher au cosmos. Perso j’aime bien.

GALERIE PHOTOS 2016

Mr G, Nans et Gwenn