Charrues 2016: Jour 4

Dernier jour aux Vieilles Charrues 2016, au programme aujourd'hui, Nefkeu, Lily Wood & The Prick, Samuel Desgane et Jain que nous avons rencontré rien que pour vous. Entre les concerts des festifs Major Lazer qui ont enflammé le public de Carhaix, Editors et sa pop efficace et ... Louane, nous avons pris le temps de découvrir ces différents artistes.

 

Lily Wood & The Prick : conférence lunaire. A propos de leur enregistrement de leur nouvel album à Bamako, ils préfèrent rester taiseux. Alors que la saison des pluies se déchaînait dans des proportions qu’ils n’avaient pas imaginé, ils ont été confronté à la misère de la région et ont eu l’idée de créer une association qui récolterait l’argent des ventes de leur album. Mais il est toujours difficile de négocier à propos d’argent avec les maisons de disques et autres distributeurs, tant et si bien que le projet a finalement avorté.

Concernant leur musique et leur duo, Lily Wood & The Prick se décrit comme un « duo d’hypersensibles » à qui « la musique sert d’exutoire »,  remplaçant «une séance chez le psy ». Peu bavards en conférence de presse, ils ne diront rien de plus.

Lily Wood & The Prick sur scène

 

Le concert explosif de JAIN

C’est sous un soleil de plomb que JAIN a donné son concert sur la scène Kerouac. Le public est venu tôt et en masse spécialement pour celle qui, il y a deux ans, était elle-même festivalière aux Vieilles Charrues, en camping. A 13h30, ouverture des portes. A 14 heures, Jain fait se retentir les premières notes de son nouvel album Zanaka, rempli de tubes tels que «  Makeba » ou « Come ». Pendant le concert, c’est un petit bout de femme déchaîné qui nous entraîne dans sa danse, son univers et ses décors créés et dessinés par elle-même. On découvre de nouvelles chansons, dont une adressée à Paris. Comme une « déclaration d’amour à Paris et un appel à la Paix » nous explique-t-elle. Son album et ses chansons exclusives rendent fou le public. L’énergie qu’elle dégage sous un soleil ardent est une réelle partie de plaisir pour ce dernier jour. La journée pouvait difficilement mieux commencer et on ne peut que se rendre compte que la musique de Jain est associée au soleil, qu'elle prend une nouvelle envergure, africaine, dans la chaleur bretonne ! L'artiste en noir et blanc nous fait même chanter et enregistre ainsi les membres du public sur « Come ».  Elle répète la séquence et l'utilise tel un instrument, pour accompagner ensuite son chant. Définition du cool non ? Comme une nouvelle attraction, les équipes des Vieilles Charrues nous arrose d'eau fraîche rajoute à l'humeur festive. Il devrait lancer le plan canicule plus souvent...

 

Samuel Degasne en Interview

Les conférences de presse nourrissent nos reportages. Ce sont des moments privilégiés de dialogues avec un artiste, de découverte d’une personne. Ces rendez-vous, nous tâchons de ne jamais les manquer à l’instar de Samuel Degasne, spécialiste ès animation de conférence de presse et interview d’artistes aussi différents que Las Train et Flavien Berger. Avec gentillesse, il a accepté de satisfaire notre curiosité en répondant aux questions d’apprentis-journalistes.

Samuel Degasne fait partie des Vieilles Charrues depuis maintenant 17 ans. En 1999 sa grand-mère l’appelle et lui dit que « ça bouge par ici ». C’est l’occasion pour elle de montrer à son petit-fils que la Bretagne n’est pas (plus) un pays de ploucs. Elle l’abrite, le nourrit et il découvre ainsi les Vieilles Charrues. Détail « comique », Samuel nous explique que sa grand-mère est décédée sans jamais être allée pogoter dans ce festival. Pour les études, ce sont tout d’abord les Beaux-arts jusqu’à ce qu’il se rende compte que ça ne le mènera à aucun métier et se décide à passer un BTS en communication. Il travaille dans le milieu de la publicité mais est déçu quelque peu, de l'obédience due au client. Un publicitaire explique-t-il peut avoir les meilleures idées du monde, être un créatif et chercher à produire de la qualité, c'est toujours le client à la fin qui décide quels projets seront validés et il suffit d'un client taciturne, sans idée d'originalité pour rendre inutile un travail de longue haleine.

En parallèle de ses études, il démarre un blog où il interview des musiciens de passage dans sa région, « un prétexte pour avoir des skeuds gratuits » nous confie-t-il. Avec les ans cependant il se professionnalise, corrige son écriture. Le métier de journaliste doit être une passion, on ne peut réussir si l'on envisage ce métier comme seulement une source de revenu. Au contraire, l'on doit bien souvent travailler pour rien en début de carrière, écrire des piges gratuitement avec un autre métier à côté. Puis cela paye de plus en plus, progressivement. La légende dit qu'il faut 7 ans pour devenir journaliste, 7 ans à porter cette passion, la travailler, la développer suffisamment pour trouver sa place. Il compare le situation du journaliste à celle de l'acteur, avec ceux qui explosent dès 20 ans, enchaînent les rôles importants et ont leur agenda toujours rempli, alors que d'autres acteurs, la grande majorité, doit longtemps se contenter de petits rôles, sans grands salaires, de passages éclairs pour n'obtenir de vrais rôles que des années après avoir commencé.

Nans et Gwenn avec Samuel

 

A-t-il un souvenir d'un artiste en particulier, qui aurait rendu une conférence meilleure que toutes les autres ? Pour lui, ce sont tout le temps des surprises et il serait difficile de juger quoique ce soit. Cependant cette année, Ibrahim Maalouf l'a épaté et il faut dire qu'il y a de quoi. Arrivé en voiture en direct de La Rochelle, en retard à cause d'encombrements sur la route, il n'a pas pu assister aux balances et pourtant, il a tenu à faire la conférence et n'a pas économisé sa parole, parlant avec passion, intelligence et à quelques minutes de son passage sur scène il a insisté tout de même pour répondre encore aux questions des autres journalistes présents.  Par ailleurs, Flavien Berger, qu'il ne connaissait pas avant qu'il ne soit révélé dans la programmation des Vieilles Charrues est une belle surprise, tant humaine qu'artistique.

On a ensuite essayé de savoir ces secrets. Comment fait-il pour être aussi bien renseigné sur les artistes qu’il rencontre ? Il lui demande souvent comment il sait ce qu'il sait et il s'avère que sa méthode est simple. Il lit toutes les interviews des artistes qu'il doit rencontrer, d'il y a deux ans à aujourd'hui. L'exercice est ensuite de trouver les points qui ne sont pas développés. Lorsqu’un artiste lâche une petite phrase un peu différente des autres et que le journaliste ne rebondit pas à propos, Samuel Degasne la repère et l'utilise dans son propre entretien. C’est donc à partir de cela qu’il trouve des questions pertinentes autant pour lui que nous. Il doit aussi trouver des questions que nous, qui assistons à la conférence aurions aimé poser. On remarque par ailleurs que sur le canapé où il interroge les artistes, il est très à l'aise et amical envers les artistes qui le lui rendent bien pour la plupart. Il explique qu'il ne s'agit pas d'être dans une position d'infériorité ou de supériorité vis-à-vis de l'artiste. Le journaliste ne doit pas être un fan, ou se séparer de son côté fan. Une éthique qui l'empêche de faire dédicacer quoique ce soit ou de prendre une photo même avec l'idole de jeunesse. Il nous confie qu'il s'agit d'être réaliste et que finalement, un entretien avec cet artiste est beaucoup plus intéressant qu'un coup de crayon maladroit.

Lorsque les Vieilles Charrues se terminent, Samuel travail pour « Longueur d’Ondes » en tant que rédacteur en chef et il se découvrirait de plus en plus une passion pour l'investigation. On attend ses Panama Papers avec impatience !

 

La dinguerie de Nekfeu !

Nekfeu, c’est celui qui a fait battre notre cœur tout l'été 2015 avec ses tubes radiophoniques « On verra », « Ma Dope » ou « Egerie ». Sur scène il déboule avec une force et une énergie qui se transmet très vit à son public, à tout les « bretons sauvages » comme il dit, presque conquis avant le début du concert ; et en effet, on était déchaînés. Dans la foule, il y avait principalement des jeunes mais aussi des plus âgées ! Embrasement dans la foule lorsque le $-Crew débarque sur scène. Ils ont interprété quelques morceaux de leur dernier album « Destin Liées ». Sneazzy est là, Nekfeu nous a fait de belles surprises. C’est un concert où l’on perd sa voix, le MC au 180 000 ventes explose le micro avec son rap cru. A la fin du concert, bercé sur « On Verra », Nekfeu prend un bateau et navigue dans la foule. Un rituel de chaque concert et évidement les Vieilles Charrues ont dû y passer… Malheureusement, l’arc de cercle que devait parcourir Nekfeu n’as pas du tout eu lieu… Oui, le breton est de nature sauvage.

L'escroquerie Nekfeu

Ce qui est indéniable, c'est la présence du public, exceptionnelle et l'ambiance qui en résultait, plutôt impressionnante. Mais à propos de quoi faisait-il la fête ? La question se pose parce que le concert en lui-même n'avait rien de fou. Aucune parole intéressante à reprendre en choeur à part les platitudes multisyllabiques qui sont tout ses textes. Sur scène, pas d'effort de diction, il se contente de gueuler en comptant sur la ferveur du public et pas de jeu scénique non plus, il saute partout, joyeusement, sans raisons. Et puis Sneazzy est arrivé. Alors ils sont toujours potes. D'un côté le faux penseur, de l'autre le faux punchlineur, il y a de la logique. Les jeunes filles sont en transes et jeunes garçons aussi. Voir un fils de gendarme réussir dans le rap doit les émouvoir. En réalité c'est plutôt attristant de voir ce qu'est le cool aujourd'hui, un truc aussi superficiel et prétentieux. Bon, excusez la méchanceté mais comme le dit si bien Nek Le Fenec « Ce monde est fou, tout le monde est en guerre hin hin » (extrait de On Verra sorti le 12 mai 2015 sur Youtube, Seine Zoo, Polydor).

 Et...Louane en concert

 

GALERIE PHOTOS 2016

Mr G, Nans et Gwenn