Swans, les légendes de la scène expérimentale américaine

Depuis plus de 30 ans, inspirant de nombreux artistes tel que Godspeed You ! Black Emperor ou Nick Cave pour ne citer qu’eux, le style de leur musique évolua mais le groupe resta durant toutes ces années une expérience unique à vivre en concert.

Ce mercredi 4 octobre, le Manège accueilli Swans pour sa dernière tournée européenne.

 

Apparu dans la no wave (courant musical privilégiant l'improvisation et la déstructuration) au début des années 80 à New-York, le groupe mélange le rock industriel, le punk, le rock psychédélique et bien d’autres styles… Il garde toutefois une orientation expérimentale les rendant ainsi incomparables et inimitables.

Mené par Michael Gira, Swans a connu d’innombrables métamorphoses et de changements stylistiques. Suite à quelques problèmes et une dissolution du groupe en 1997, Gira le reforme en 2010 avec Norman Westberg à la guitare, Christoph Hahn à la lap steel guitare, Christopher Pravdica à la basse, Paul Wallfisch aux claviers et Phil Puleo à la batterie et aux percussions.

Interprétant principalement leur nouvel album The Glowing Man, Swans est venu, a joué, nous a mis une claque en pleine face et est reparti. Que dire ? Que dire face à tant de classe et de prestance? Nous ne pouvons que nous incliner et respecter.

Tout d’abord, le batteur et le pianiste étaient légèrement surélevés à l’arrière de la scène, une ligne d’amplis superposés les séparait des autres musiciens. Cette disposition reflète un esprit à la fois désordonné et artistique semblable finalement à leur musique.

A peine arrivé sur scène avec un simple « bonjour », Gira nous tourne le dos pendant de longues minutes laissant commencer cette musique psychédélique montée crescendo, captant notre attention, nous préparant à cet impressionnant voyage.

Gira joue le rôle du chef d’orchestre, il guide ses musiciens dans l’interprétation des musiques et change l’œuvre s’il le souhaite. De gestes doux et virtuoses tel le cygne sur son lac (swans = cygnes en anglais), le démiurge Michael Gira remplit son rôle à merveille en manœuvrant sa troupe du bout de ses doigts. De temps à autres, tous les musiciens sans exception nous faisaient dos pour être face à Phil Puleo et à sa batterie, leur donnant une importance capitale en plus de leur place légèrement surélevée avec Paul Wallfisch.

Alternant entre des temps lents et des temps forts, entre mélodie et cacophonie, entre le calme et la tempête, tout en gardant une touche onirique, leur musique nous transcende et nous détache totalement de la réalité. Tout est réuni pour nous faire vivre ce périple : Paul Wallfisch qui est habité par quelqu’un d’autre et qui joue en dansant, Christoph Hahn et son air de mafieux réalisant d’étranges sons à la lap steel guitare, Phil Puleo jouant debout…

Ils vivent tous leur musique, chacun à leur façon, donnant alors une force énorme qui s’ajoute à cette puissance musicale. Tout réuni, cela créé une œuvre transcendante, prenant aux tripes, qui nous transporte du début à la fin, ne voyant pas ces 2 heures de pures bonheurs passées.

Malheureusement, les lumières ne valorisaient pas assez cette ambiance sombre où seul une couleur était proposé pour chaque chanson (souvent le rouge) avec une lumière blanche qui jaillissait pendant quelques secondes quand la musique s’emballait. Cela aurait pu être bien mieux utilisés avec notamment des nuances de couleurs ou une lumière stroboscopique accentuant cette atmosphère extravagante et déconcertante. Cependant, ce n’est qu’un simple détail n’enlevant rien de l’incroyable prestation du groupe.

Ainsi, Swans est une constante opposition, la musique allant de la douceur à la violence et les musiciens totalement différents de ceux que l’on voit à l’accoutumé.

Transcendante, innovante, lunatique, troublante... Tant de mots possibles pour décrire cette expérience unique, faisant de ce concert un périple qui nous fait voyager dans leur univers. On contemple et on apprécie l’œuvre, sans bouger, les yeux rivés et remplis d’émerveillement pour ce géant du rock.

Léo E.

 

 


 

 

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