Rencontre avec Tim Dup

Nous avons eu la chance de pouvoir interviewer Tim Dup avant son concert au Manège de Lorient le 30 mars 2018. Afin que vous puissiez voir sa simplicité et sa gentillesse, nous avons laissé l'interview comme telle.

 

La musique a-t-elle toujours été importante dans ta vie ?

Oui, ça a toujours été important parce que, depuis que je suis tout petit, il y a toujours eu de la musique chez moi, que ce soit mes parents qui en écoutaient beaucoup, mes frères et sœurs… J’ai toujours eu des souvenirs de musique, même très tôt, des cassettes vidéo avec des espèces de chansons pour enfants toutes nulles, mais je m’en rappelle aussi ! Et comme j’ai commencé le piano assez tôt, à sept ans, et le fait de pratiquer un instrument a fait de la musique une grosse passion, et un moment pendant lequel je me sentais bien, en écoutant et jouant à la fois.

 

As-tu des artistes qui t’ont inspiré ou aidé à aller dans cette voie ?

Oui, bien sûr ! Je pense que les Beatles m’ont beaucoup inspiré,Supertramp… En fait, globalement, les mecs qui racontent des histoires!

Il y a eu plein d’échelles et de moments d’influences différents :quand j’étais enfant, c’était plutôt la pop anglo-saxonne, et après,la chanson française, Vincent Delerm, Benjamin Biolay, Alain Souchon…Ensuite je suis revenu à la chanson française plus ancienne, avec Gainsbourg, Brassens, beaucoup, Moustaki, j’adore ! Et après sont venues plein d’influences : j’ai découvert l’électro, j’ai joué dans des groupes de pop, de rock, de reggae, et ensuite le hip-hop, qui est un peu ma découverte tardive, parce que je n’écoutais pas trop ça au collège, et j’en ai écouté beaucoup en rentrant en fac, et ça m’a beaucoup inspiré aussi. Ce sont globalement des artistes qui sont un peu jusqu’au-boutistes dans leurs créations et dans la façon ont-ils font de la musique. Tu sais, ils ne se posent pas la question du qu’en-dira-t-on, ils ne se demandent pas si ça va plaire, ils font juste leur truc, et je trouve ça assez inspirant.

 

D’après ce que tu dis, tu as l’air d’aimer un peu tous les styles, d’être touche-à-tout ?

Pour moi, le fil directeur de la musique, c’est l’émotion. Tu peux être ému par une nocturne de Chopin comme par un morceau de Kanye West, et c’est vraiment mon cas ! L’émotion peut aussi bien être festive que mélancolique. C’est le fait d’être touché qui me plaît dans la musique.

 

Commet définirais-tu ton style ?

Je fais de la chanson moderne, j’espère ! C’est peut-être un peu prétentieux de se qualifier de « moderne » parce que ce sont plutôt les autres qui jugent de ça, mais l’idée que ce soit quand même moderne : de la chanson, avec du piano et puis, autour, des influences électroniques et hip-hop… En tout cas sur le premier album !

 

Pour certaines chansons comme Moïra Gynt, on comprend clairement que tu as été inspiré par une fille, mais pour Vers les ours polaires par exemple, c’est moins évident. Qu’est-ce qui t’a inspiré pour cette chanson ?

Pour cette chanson, c’est le voyage et les rêves ! C’est marrant parce que, une de mes chansons qui m’a le plus marqué et en termes de sources d’inspiration, c’est TER Centre, qui parle d’un voyage en train, et, après cette chanson-là, je me suis dit que, potentiellement, tout est inspirant !

Donc l’idée, c’est vraiment de vivre des choses, de voyager, de rencontrer, d’être curieux. Je trouve que la vie est assez inspirante dans tout ce qu’elle suggère, les gens sur Terre sont inspirants, la Terre en elle-même est inspirante, les relations qu’on a dessus, les rapports de force, de position, les envies de voyage, l’amour, la mort…

 

Une fois l’inspiration venue, quel est ton processus de création d’une manière générale ?

C’est assez variable ! Souvent, je me mets au piano, je joue des choses que je connais au pas, et souvent, à force de toucher les notes, j’improvise, et c’est comme ça que je commence à créer, en tout cas pour la partie musicale ! Après, j’essaie aussi d’écouter beaucoup de choses, plein d’artistes différents, non pas pour les copier ou m’en inspirer, mais parce que, quand on écoute un artiste et qu’on prend une claque, on se dit « Putain, faut que j’arrive à faire aussi bien que ça ! ». Ça ne t’inspire pas nécessairement quelque chose, mais en tout cas, ça t’inspire d’être bon dans ce que tu fais, et le souci de vouloir faire quelque chose de bien, ça ne veut pas forcément dire que tu vas faire un truc bien, mais ça veut dire que tu vas tout faire pour que ce soit bien ! Et après, dans les textes, ce qui est assez cool aujourd’hui, c’est que, même si j’ai plein de carnets d’écriture, avec mes notes de téléphone, je peux écrire tout le temps. L’idée est de na pas me mettre de plannings, mais de faire ça au ressenti, quand je suis inspiré.

 

Dans tout ce processus, entre le moment où tu as une idée et celui où tu es sur scène, qu’est-ce qui te plaît le plus ?

À la fois, le fait de créer est hyper grisant au départ, mais c’est aussi assez torturant, névrosant, ce passage à l’acte où tu te dis « Tiens, j’ai écrit » ou « Tiens, j’ai composé ». Tu ne sais pas trop quoi en penser, tu as d’abord l’impression que c’est trop bien, puis, le lendemain, tu réécoutes et tu fais « Non, en fait, c’est nul à chier ». Donc il y a une phase comme ça dans le moment de création qui n’est pas évidente, mais, ce qui me rend le plus heureux, c’est la scène. Je crois que c’est ce pourquoi j’ai voulu faire de la musique, pour faire des concerts. Quand j’ai commencé à faire des chansons avec mes groupes de potes, on s’est tout de suite dit qu’il fallait qu’on fasse des fêtes de la musique, qu’on aile jouer dans des bars. C’était vraiment l’idée d’un rapport aux gens, au public, même si la phase de studio est aussi trop bien parce que c’est beaucoup plus cérébral, on travaille sur l’alchimie, comme une espèce de nez qui crée des parfums. Mais ce qui est incroyable dans la phase de scène, c’est que c’est tellement spontané qu’il n’y a plus que de la musique, et juste de la musique, mais un grand « juste ». C’est la musique, avec les gens, toi, nous, et tout de suite, maintenant.

 

Veux-tu davantage toucher un public jeune, ou être tous publics ?

Tous publics ! Globalement, aux concerts, il y a toujours de tout, et c’est une vraie fierté, un vrai bonheur de se dire qu’on ne parle pas qu’à un type de personnes, que ce soit en termes d’âge ou de milieu. À chaque fois, c’est génial, parce qu’il y a des parents qui viennent avec leurs enfants, ou inversement, des enfants qui viennent avec leurs parents, ça marche aussi dans ce sens-là ! Les uns ont fait découvrir aux autres, et ils viennent en famille, et c’est hyper cool, parce qu’on a l’impression d’être à une fête de famille, où tout le monde est représenté. Je serais un peu triste qu’il n’y ait qu’un type de personnes, que des jeunes, ou que des vieux…

 

Dans la chanson Bons vivants, tu t’adresses surtout aux jeunes… Tu voudrais leur faire passer un message ?

Pas nécessairement… Peut-être un peu, mais… Je trouve ça bien d’âtre engagé ; pour l’instant l’album ne l’est pas vraiment, peut-être que ce que je suis en train de faire en ce moment l’est davantage, mais en tout cas, j’ai pas envie d’être le porte-parole d’une génération. Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans Bons vivants, parce que d’un côté ça fait un peu « Je parle de ma génération », et en même temps, la chanson est aussi très second degré, parce qu’il y a quelque chose de très naïf dans les accords et le refrain, et le texte est vachement plus sombre : il parle de défonce, de pseudo-rêves qu’on a alors qu’en fait on ne fait rien… J’ai un rapport assez paradoxal à ma génération, mais oui, si ça peut délivrer des messages, tant mieux, mais l’idée, c’est aussi qu’il y ait une interprétation différente du message.

 

Tu parles de paradoxes dans cette chanson… C’est présent partout dans l’album, évidemment dans Paradoxe, mais cette dualité est là partout !

Bien sûr, oui, c’est vrai ! Cette dualité n’a pas été nécessairement calculée, mais elle est revenue, ça a donné une espèce de dichotomie sur tout l’album, avec des oxymores dans quasiment tous les titres, mais aussi dans la musique : il y a parfois des accords mineurs avec des prods hyper festives, et, a contrario, des accords joyeux mais des mélodies très dépouillées… Je trouve la notion de paradoxe intéressante : c’est un peu fourre-tout parce que, par définition, on peut tout mettre dedans, mais je pense que c’est propre à ce que je suis, mais surtout à ce que j’étais quand j’ai créé l’album, même si ça ne fait pas longtemps, mais à nos âges, on bouge vite. Justement, il y a cette idée de cul entre deux chaises tout le temps, que ce soit dans les influences et dans la musique. Je pense que la vingtaine est une période où on construit plein de choses, parce qu’on commence à penser par soi-même, à s’affirmer, à être responsable (plus ou moins), à être indépendant (plus ou moins aussi), et en même temps, on déconstruit plein de choses qu’on nous a apprises, parce qu’on est en mesure de penser. Cette période est assez étonnante, parce que ce sentiment de doute se ressent dans l’album je pense, mais aussi un sentiment d’espoir !

 

As-tu des projets, des collabs ?

Ouais, j’ai fait un feat avec Synapson, qui va sortir sur leur prochain album. Sinon, je n’ai pas d’autres collabs, mais on me propose d’écrire pour d’autres, j’aimerais beaucoup en faire avec certains artistes… J’aime beaucoup Gaël Faye, par exemple, donc… On verra ce qui se passe ! Tu vois, rien de sûr, mais une vraie envie d’aller croquer un peu partout!

 

Côté concert, nous avons été agréablement surprises par la qualité des jeux de lumières, très cohérentes et coordonnées aux paroles, principalement fait avec trois ampoules et quelques spots en plus.

Le son était extra : un piano, trois micros et une voix de dingue. Un jeune homme plein d'énergie qui dialogue avec son public, c'était un pur bonheur !

Si un jour il passe vers chez vous, n'hésitez pas !

 

Solenn et Gaidig