Stromae

 

 

 

Au moins Stromae n'a pas été dépaysé par le climat breton, "c'est la même chose chez nous" bref belges et bretons même combat en cirés jaunes et parapluies!

 

H: Alors, moi je t'ai découvert il y a deux ans grâce à un enfant dans mon entourage avec ce titre "Alors on danse" et ses petites vidéos sous forme de présentations que tu tournais... C'était dans ta chambre? 

S: Oui, c'était dans ma chambre chez ma Maman, tout à fait. C'étaient "Les leçons de Stromae" qui étaient une idée du Monsieur là avec son GSM, le manager. Lui il voulait plutôt une sorte de télé-réalité, moi je trouvais que c'était un peu prétentieux donc on a fait un truc plus terre-à-terre, plus humain. On a un peu mélangé les idées et dans ses «leçons», je me prenais pas trop la tête, voir je faisais plus l'imbécile. J'expliquais quand même ce que je faisais, le but c'était de promotionner le projet avec de l'auto-dérision, donc un côté plus humain.

 

H: Et «Alors on danse» fait un tabac sur le Web, tout décolle à ce moment-là?

S: Les leçons ont les a commencé en janvier 2009, la chanson a commencé à marcher en Belgique en septembre et puis après seulement il y a eu des échos en Allemagne et en France. Donc c'est pas vraiment les «leçons» qui ont lancé tout le truc, c'était les leçons, les radios et les DJ's aussi, qu'il faut pas oublier, qui ont fait un gros travail de média. Aujourd'hui c'est un média un peu à part, j'irais pas jusqu'à dire aussi important qu'Internet mais c'est moyen de véhiculer son projet hyper important.

 

H: Au fil de l'album, quand on l'écoute: on danse! Mais on sent un côté presque noir, des paroles assez glauques au fait, par moments... 

S: Tout à fait, voir même suicidaires comme je le dis toujours ! C'est sûr que c'était une envie d'être un peu plus réaliste et plus documentariste sur de l'électro. Parce que forcément la dance mainstream est en général plutôt joyeuse et aborde toujours les mêmes thèmes, si c'est l'amour, c'est toujours de manière joyeuses. Ou alors comme thématiques, on parle de meufs toutes nues, de piscines, de limousines... C'était pas mon objectif, dans ma vie j'ai pas envie d'avoir ça mais j'avais envie de soigner le mal par le mal. Sans oublier la forme, je voulais essayer de passer un message, pas une philosophie, mais un petit message. 

 

H: T'as eu véritablement une enfance malheureuse? Parce que une chanson comme «Dodo», c'est vraiment dur...

S: C'est sûr que c'est pas la plus joyeuse, mais tout ce que je raconte dans cet album, je l'ai pas vécu et heureusement ! Sinon je me serais déjà suicidé ! Mais, comme tous les artistes, qui observent et qui retranscrivent eux6même sur papier et en musique. C'est vrai que cette comptine "Dodo" est la plus dure de l'album, elle parle de pédophilie, de violences conjugales... Même sans l'avoir vécu, j'ai essayé de le retranscrire, bien sûr de façon subjective, et les personnes qui l'ont vécu à qui j'ai fait écouter ce morceau m'ont dit qu'elles sentaient que le sujet était dénoncé plus qu'"utilisé" pour vendre, avec du hardcore ou quoi... Avec cette berceuse, j'ai voulu m'adresser à un petit enfant, pour lui dire qu'il y avait des chances, ou de la malchance plutôt, qu'il subisse des choses très très dures. Et je pense que c'est avec cette même innocence-là qu'un enfant va subir les violences de la vie et c'est pas autrement donc je voyais pas pourquoi ce serait d'une autre manière que je dénoncerais ce sujet. 

 

H: Et sur un concert comme aujourd'hui, t'es toujours sur cet album qui est sorti il y a 1an ou tu commences autre chose, de plus gai, de plus dance? 

S : Je suis en train de travailler tout doucement sur le prochain, il est vrai que certains morceaux sont en ligne depuis 1 an et demi, il est temps d'arriver avec un autre album. La pression est là, j'y travaille même si c'est un peu compliqué dans le sens où on est en pleine tournée donc il faut avoir l'énergie et le temps d'attaquer le deuxième. J'ai pas vraiment le temps en bus de vraiment aboutir les morceaux en tout cas les idées et les ébauches sont là. La direction sera plus afro, latino même si ce ne sont que des théories. Ça résonnera totalement différemment d'une personne à une autre. Des changements de tempos plus souvent, parce que mine de rien,c'étaient toujours les mêmes recettes avec les mêmes pourcentages qu'il y avait dans l'album et là je pense que j'irais plus vers des mélanges vraiment différent en fonction d'une musique à l'autre. 

 

 

I1: Est-ce que le début du festival vous plaît ? Est-ce que vous êtes porté par l'ambiance bretonne déjà ou pas?

S : Le spectacle s'est créé en Bretagne, donc il a un côté breton un peu. C'est sûr que je suis impressionné de voir autant de monde réuni à un endroit, j'avais jamais assisté à un aussi gros festival. Jusqu'ici le public breton a été plutôt bienveillant à mon égard, j'espère qu'il le sera ce soir. En tout cas, j'essaierais de faire le maximum avec toute mon équipe, de donner et de lui rendre tout ce qu'il m'a apporté. 

 

I2: Stromae, tu es de nationalité bruxelloise, et du coup beaucoup te comparent à Jacques Brel. J'imagine que c'est flatteur et quel est ton ressenti quand on t'associe à un monstre de la musique comme ça? 

S : Il faut le prendre bien, parce qu’on pas le prendre autrement. C'est un très beau compliment. Mais après, commencer à faire des reprises de lui en scène et des trucs comme ça, je pense que c'est commencer à se noyer, s'embourber. C'est pour ça que je fais une reprise d'Arno, par exemple, en scène parce que c'était trop attendu. Je pense que je fais déjà assez de clins d’oeils à son interprétation et des trucs comme ça, quand je pleure sur scène, que je fais une réinterprétation philharmonique de "Alors on danse"... C'est déjà plus qu'assez. Sûrement, un jour, je le ferais mais alors quand on s'attendra plus du tout à ça. 

 

H: D'ailleurs tu parles de philharmonique, mais sur scène, c'est quoi exactement, la structure?

S: Ce sont des écrans, qui sont plus nombreux même que les musiciens *rires * Ils sont au nombre de deux et moi je suis au micro et je fais un petit peu de musique. L'interprétation est hyper importante dans le sens où j'attache énormément d'importance au fait de pleurer, de faire l'abruti... Je crois que ça passe par ça, c'est une sorte de spectacle d'ailleurs, en live. Entre autre dans "Dodo" y a ça puis je fais aussi une "leçon" parce que c'est ma manière à moi de présenter un live. Dans la leçon, je présente chacun des chapitres. Il y a les écrans qui nous accompagnent, on utilise une technique qui s'appelle le mapping, on comprends pas forcément faut vraiment le voir mais en fait ça consiste à projeter une image en 2D sur des objets en 3D. Ça donne un effet visuel spécial, notre cher De Crécy l'a déjà utilisé, pas mal de vidéastes le font et je trouvais ça interessant pour le spectacle. Donc j'ai fait appel à Yannick Jacquet et Romain Tardi qui ont fait ça très bien. 

 

I3: Tu parlais de recettes dans l'album, est-ce que c'est le live qui t'as permis d'avancer?

S: Certainement, je crois bien. Même si la direction était déjà là depuis un petit moment, après, j'osais pas trop m'avancer parce qu'on sait jamais, tout peux changer mais finalement je vais vers ce que je m'étais imaginé. C'est vrai que le live me donne une dimension supplémentaire, c'est vrai que c'est tout nouveau pour moi, la communication aussi longue avec le public. Moi, je faisais que de la chanson en club donc calligraphiquement c'était pas terrible. C'est sûr que ça va quand même plus loin au niveau du son et on va dire que l'écoute est plus attentive aussi dans un festival ou en concert. Ça n'a rien à voir donc forcément ça pousse à aller vers un style de musique différent et à aller plus loin tout simplement.

 

I4: Pour le concert, tu va interpréter juste l'album "Cheese" ou tu va introduire d'autres morceaux comme "Up Saw Liz" ? 

S: Normalement dans la durée longue du concert, "Up Saw Liz" est dedans mais ici comme c'est une version écourtée et qu'on est pas dans la même démarche qu'en concert où les gens sont venus que pour moi, là forcément il faut un peu convaincre et la concurrence est rude en festival! Donc il faut aller un peu plus à l'essentiel, on a pas le temps d' installer un truc, faut que ça soit fait en 5-10 minutes et pas faire de détours. Le seul que je me permet, c'est la reprise d'Arno "Putain, putain". 

 

H: Et travailler avec quelqu'un comme Arno, ça te branche ? C'est un sacré personnage.

S: Il avait déjà travaillé en écrivant le morceau mais il m'a accompagné aux Trans, à Paris et à Bruxelles. C'était un très beau cadeau que me faisait ce grand Monsieur et je le referais avec grand plaisir car comme je le disais tout à l'heure, c'est un artiste avec qui on me verrait pas trop et c'est ça qui m'interesse, c'est inattendu. Même si c'est un peu bateau, symboliquement, il vient du Nord, il néerlandophone et je suis francophone: c'est déjà la preuve que y a aucun problème en Belgique, ce sont juste les politiciens qui se masturbent le cerveau entre eux.

 

H: Et là tu va jouer sur un trèsgrand festival, sur la scène Graal mais en même temps, t'es habitué ? Tu viens de faire la première partie des Black Eyes Peas au Stade de France, un chanson à Taratata avec Will.I.Am...

S: Oui mais faut pas trop s'emballer: je me disais la même chose "Ouais, on a chanté devant 70 000 personnes, le stress doit plus être trop là.". Puis, deux concerts après, on a eu des merdes pas possibles qu'on avait encore jamais eu, du genre: plus de son du tout, on a eu 5 minutes de blanc... Juste au moment où on pensait avoir passer un cap, ça serait moins difficile, c'est bon, c'est gagné d'avance. Mais rien à voir, je crois que c'était une bonne petite gifle, une punition, «Redescends bien sur Terre» parce que tes merdes tu peux les avoir devant 10 personnes et devant 70 000 personnes. D'ailleurs, je me suis fais une petite réflexion, plu et les petits détails comme faire de l'ironie, on n'est pas dans une salle... Le stress est même plus grand quand on est sur scène et qu'il y a moins de monde, par contre avant de monter sur scène le stress est plus gros à 70 000 personnes que face à 500 personnes. C'est plus intéressant de faire attention à tous les petits détails, des mimiques faciales qu'on pourrait pas distinguer dans un stade même si on est filmé, on peut pas faire des blagues plutôt rapides, il faut articuler pour que tout le monde entende bien, l'acoustique est pas top, c'est plus intéressant d'être devant un peu moins de monde.